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Inés, à fleurs de femmes 2

Ecrit par Nelie Gloria
Parue le 01 mai 2007
Il y a 2 commentaires pour cette histoire


Cette histoire érotique a été lue 4324 fois | Cette histoire erotique a une note de : 12.5/20

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CHAPITRE 2 :


Patricia, essoufflée, s’adosse contre la porte de sa chambre. Son cœur bat la chamade, et elle plaque sa main contre sa poitrine, comme si cela pouvait en atténuer les battements désordonnés. Quelle idiote ! Elle maudit son caractère introverti. Elle a paniqué, fui comme une voleuse, au lieu de se montrer drôle et pittoresque. Que va penser cette femme ? C’est certain qu’elle a laissé une mauvaise impression, et l’envie de lui courir après pour rattraper le coup et lui donner une autre image d’elle la tenaille un instant. A quoi bon ? Elle ne ferait qu’aggraver les choses, elle a été suffisamment ridicule comme ça… Elle se connaît trop, et surtout connaît ses réactions lorsqu’elle vient de tomber amoureuse. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Elle ne sait pas trop si c’est un coup de foudre, mais cela y ressemble en tout cas, avec les mêmes symptômes : gorge sèche, tempes bourdonnantes, le cœur et tout le reste qui s’affolent… La totale, quoi !

Et, en plus, il y’ a eu l’étonnement de la reconnaître et de la voir ici : Inès, la romancière qui sait si bien faire entrer le rêve dans le cœur des femmes, celles qui croient encore au grand amour. Ses livres, elle en a lus quelques uns, emportée malgré elle dans ce tourbillon et ce foisonnement de beaux sentiments, mais avec malgré tout une différence : le prince charmant était une femme, une très belle femme. Un peu comme Inès : jeune, talentueuse et passionnée, d’une beauté qui se passe d’artifice, à la fois sensuelle et naturelle. Elle avait suivi sa carrière avec beaucoup d’attention, l’avait vue à quelques interviews alors qu’elle connaissait le succès, et à chaque fois c’était le même charme qui opérait. Humble et pudique, elle rayonnait de douceur et de générosité, sans jamais prendre la grosse tête. La voir si brutalement, en chair et en os, était un choc auquel elle n’était pas préparée et dont elle aura du mal à se remettre. La perspective de tomber amoureuse, au lieu de l’effrayer, l’emplit de joie et d’émotions nouvelles. C’est comme s’engager sur une nouvelle route dont on ignore tout, avec tout le long des imprévues, des obstacles, des moment d’intense bonheur ou de profonde tristesse, mais avec toujours cette sensation de se sentir vivante et passionnée.

C’est l’esprit encore confus qu’elle entre enfin dans la chambre. Corinne l’attend, assise dans le lit, ses seins épais tressautant alors qu’elle se redresse davantage, faisant glisser le drap jusqu’au nombril. Sans le vouloir, elle adopte une attitude voluptueuse, étirant ses jambes musclées et charnues en les écartant légèrement, rejetant en arrière le buste afin de faire saillir sa lourde poitrine. Patricia, malgré elle, apprécie le spectacle. La savoir entièrement nue lui donne des bouffées de chaleur. Elle a honte des envies qui l’assaillent, surtout après avoir ressenti une minute auparavant une folle attirance pour une autre femme, mais il y’ a longtemps qu’elle a cessé de se poser des questions sur ses propres pulsions animales. Elles ont fait l’amour une bonne partie de la nuit, imprégnées par le luxe et la sensualité des lieux, gagnées par une fièvre qu’elles n’avaient pas connue depuis longtemps.

Après, Corinne avait eu besoin de récupérer en faisant le tour du cadran, complètement vidée et courbatue. Patricia, elle, pouvait déployer une vitalité sexuelle qui, loin de l’épuiser, stimulait toujours d’autres envies. Ses ressources étaient inépuisables. Elle pouvait faire l’amour une à deux fois par jour sans la moindre difficulté, et cette pratique quotidienne la conservait souple, fougueuse et endurante, renouvelant des énergies toujours plus performantes. Ce sont ces mêmes besoins qui la poussent maintenant à s’agenouiller devant sa maîtresse, dégageant d’un geste brusque le drap qui la recouvre. Corinne tend le bras, essayant de se recouvrir, et proteste d’une voix pâteuse :


- Non, Patricia, par pitié… J’en peux plus…

Les lèvres de celle-ci effleurent ses mollets, remontent le long des cuisses, passant de l’une à l’autre sur le versant intérieur, là où la peau devient de plus en plus douce, jusqu’à l’aine. Ensuite, du bout de la langue, elle écarte les boucles brunes du sexe, se faufile dans une féminité encore sèche et étroite. Il en faut plus pour la décourager. Doucement, elle fait aller et venir sa langue le long de la fente, titillant à chaque passage le clitoris. Elle joue savamment à attiser le désir, progressivement, accélérant peu à peu la pression, glissant partout, vrillant, suçant, lapant avec une redoutable agilité, sans ignorer la moindre partie intime.
Déjà, une douce moiteur se répand dans les chairs dilatées qui ne cessent de s’ouvrir davantage. Il en émane une odeur entêtante et caractéristique, si familière. Un arôme que Patricia adore, comme le plus grisant des parfums, et dont elle ne pourra jamais se lasser. L’odeur de la femme, de l’excitation, dans ce qu’elle a de plus secret et de plus intime. Une porte ouverte sur un territoire infini, sans cesse à conquérir et à explorer, réservant toujours de nouvelles surprises. Le corps de son amie, après tout ce qu’il a subi cette nuit, en est la preuve vivante alors qu’il vibre, frissonne, se tend à l’appel d’une sensualité latente.

Le vagin s'ouvre et s'humidifie à chaque coup de langue qui pénètre plus profondément. Vaincue, Corinne ouvre les yeux, se redresse souplement, pour voir, pour admirer, mais les referme vite quand elle constate que l’ange a encore laissé place à un démon lubrique et déchaîné. C’est toujours aussi déroutant. Aussi, elle se laisse aller en arrière, caressant tendrement les cheveux de sa compagne, comme pour l’encourager à persévérer, se tordant de plaisir et gémissant sans retenue. Patricia continue de laper voracement son vagin, y mettant aussi les doigts pour mieux écarter la vallée secrète. Corinne n’y résiste pas. Elle agrippe plus violemment la longue chevelure alors que son ventre roule ardemment, secoué par les spasmes de la délivrance qui, si soudain, la fait crier de plaisir.
Encore une fois, elle a joui avec une violence inouïe, incapable de lui résister. Patricia excelle toujours à tirer le meilleur profit de ses aptitudes et Corinne en fait encore les frais. Sonnée, elle se redresse alors que son amie part en arrière au pied du lit, écartant les jambes pour y glisser ses deux mains. Ses doigts frôlent le bourgeon sensible, le gratifiant d’une pression subtile de plus en plus appuyée, alors que son autre main se promène dans la vulve béante et chaude d’un vagin trempé, y faisant disparaître quelques doigts.
Elle étouffe un petit cri de bien-être en se mettant à haleter bruyamment, plaquant plus étroitement la paume de la main sur le clitoris, la pressant et la secouant frénétiquement et de plus en plus vite alors que ses doigts viennent et disparaissent aussi rapidement dans la fente moite de son sexe. Ses hanches bougent au même rythme. L’autre main remonte sur la poitrine, tord, pince et malaxe les bouts des seins, plus particulièrement le gauche qui se révèle plus sensible, si sensible qu’elle est à la limite de la douleur.


Elle respire toujours plus vite et plus fort, paupières mi- closes sur des yeux révulsés, et bouche entrouverte sur un sourire à la fois ravi et enfantin. Ses joues sont roses d’excitation, ses lèvres gonflées d’un désir primitif qu’elle se mord de temps à autre avec une expression heureuse. C’est à travers un brouillard que Corinne la laisse se donner du plaisir, habituée à ce genre de débordements excessifs. Quand elle était possédée par ce genre de crise d’érotisme forcené, il n’y avait rien à faire, sauf la laisser se débrouiller toute seule. Le spectacle est aussi érotique qu’impudique. Même dans les positions les plus indécentes, Patricia sait garder intact cette part de fraîcheur et d’insouciance qui la rendent si émouvante. Corinne se demande, en la contemplant dans ses plaisirs solitaires, comment une jeune femme pouvait mélanger autant d’innocence et de perversité. Derrière ce visage angélique, il y’ avait une part d’ombre inquiétante, une âme dépravée, égoïste et torturée, ne vivant que pour assouvir ses envies insatiables, en quête permanente d’absolu et de dépassement de soit- même qu’aucune femme ne serait capable de lui apporter. Pourtant, cela faisait quatre ans qu’elles vivaient ensemble. Corinne avait été touchée par cette jolie sirène aux yeux verts, triste et pathétique, incapable de communiquer, mais elle avait réussi à gagner sa confiance. Si, dans la vie de tous les jours, c’est elle qui prenait toutes les décisions, elle devait s’avouer à la traîne sur le plan sexuel, totalement dominée et impuissante. A la longue, elle avait baissé les bras , incapable de faire face à des exigences toujours plus grandes.

Pour elle, cette soif intarissable de plaisirs était une source permanente de questions et de remises en question. C’était la peur de ne plus faire le poids, d’être dépassée, d’être larguée, que son amie aille trouver ailleurs ce qu’elle ne pouvait plus lui apporter. Cette idée lui est brutalement insupportable. Son cœur en fait des bonds désordonnés, ses yeux se brouillent de larmes. Ne pas pleurer, ne pas dévoiler ses faiblesses, se protéger derrière une carapace d’insolence et d’agressivité, voilà les mots d’ordre sur lesquels elle se concentre de toutes ses forces. Ce sont ses seules armes. Elle tente toujours de contrôler ses émotions alors que, devant elle, bras et jambes en croix, le corps luisant de transpiration, son amante s’agite et se cambre, tétanisée par l’orgasme. Cela ne lui suffit pas et elle repart de plus belle dans d’autres postures plus indécentes, en proie au délire. Les autres orgasmes semblent ne jamais l’achever. Furieuse, bondissante, elle se tord en tout sens comme une forcenée, alliant fougue et souplesse avec une endurance inépuisable. Enfin rassasiée, toute frémissante, elle se blottit dans les bras de Corinne qui, essuyant vite ses larmes du revers de la main, l’accueille avec tendresse. Elle lui laisse reprendre son souffle avant d’engager la conversation :


- Ma chérie, tu as repensé à notre discussion de l’autre jour ? Tu sais, la solution que j’avais envisagé pour pimenter notre vie sexuelle…

- Pimenter notre vie sexuelle ou briser la routine ?

- Cela revient au même…

- Je ne sais pas… Tu crois vraiment que c’est une bonne idée, faire ça à trois ? C’est dangereux, cela peut casser quelque chose entre nous. Il doit y’ avoir d’autres moyens.

- Et lesquels ? A deux, on a fait tout ce qui était humainement et sexuellement possible, dans tous les endroits inimaginables… Je n’en peux plus de vouloir me surpasser ou tout mettre en œuvre pour te surprendre et te satisfaire… C’est au-dessus de mes forces tout ça, je n’y arrive plus…

Sa voix se brise alors que des sanglots la secouent. Patricia se serre contre elle.

- Excuse-moi, mon cœur… Je te fais tant souffrir. Je suis un monstre d’égoïsme avec mes saloperies de pulsions que je n’arrive pas à contrôler. C’est effrayant, moi aussi je me fais peur…

- Alors fais-moi confiance. Je ne veux pas te perdre, et c’est ce qui risque de se passer si on ne fait rien. Tu iras voir ailleurs, je le sais…

Patricia se pelotonne contre elle, comme une petite chatte câline qui recherche chaleur et réconfort.

- Jamais je ne te quitterai. Je t’aime trop.

- Moi aussi, si tu savais à quel point… Justement, s’il y’ a vraiment de l’amour et de la confiance entre nous, on peut tout se permettre et tout essayer pour sauver notre couple.

Patricia dissimule un sourire satisfait. Câline, elle caresse amoureusement le dos de son amie. Depuis le début, cette idée de faire l’amour avec une tierce personne l’avait émoustillée au plus haut point. Toutefois, elle avait feint l’embarras, pour que la décision vienne vraiment de Corinne et qu’elle n’ait jamais rien à lui reprocher si cela tournait mal.

- D’accord. On peut toujours essayer… Mais avec qui ? Il faudrait trouver une femme qui nous plaise à toutes les deux, cela ne va pas être facile à trouver.

- Qui sait ? Apparemment, d’autres invitées viennent d’arriver. Rien que des femmes d’après ce que j’ai entendu dire… On trouvera peut-être notre bonheur.

Elle s’interrompt un instant, comme hésitant à poursuivre.

- Hier soir, j’en ai vu une, très jolie, vraiment délicieuse… Tu sais, l’actrice Claire Broustal.

Patricia approuve silencieusement. En effet, elle l’avait vue dans un film qui avait eu de bonnes critiques et elle avait été tout aussi séduite par le charme vivifiant de l’actrice principale.

- Excellent choix. Sauf que tu oublies une chose : elle est mariée, avec un enfant il me semble… Donc je ne pense pas que les femmes soient son truc …

- Parce qu’elle n’a pas goûté à ton savoir-faire. Elle est venue seule, on ne risque rien d’essayer. Qui ne tente rien n’a rien…
Patricia sent sa respiration s’accélérer. Elle pense à quelqu’un d’autre.

- Moi aussi j’ai vu une très belle femme tout à l’heure, encore plus craquante que ton actrice. La romancière Inès Genest. Tu connais ?
- De nom, oui… Je l’ai aperçue une fois à la télévision, une émission barbante à mourir, genre littéraire. Mais j’ai jamais lu ses bouquins. Trop intellos…

- Tu te trompes, elle écrit des livres à l’eau de rose. Enfin, peu importe. Elle, au moins, est célibataire, sans attache…

- Exact, mais je la vois vraiment pas faire ça avec des femmes. Elle a l’air si coincée, si sage.

- Moi aussi j’ai l’air sage, et tu es bien placée pour savoir que je trompe mon monde. Inès est peut-être de la même trempe…

- En effet. Tu vois, ce ne sont pas les candidates qui manquent à l’appel ! Attendons de voir les autres invitées ? Bientôt on aura tellement l’embarras du choix qu’on ne saura plus qui choisir…
Elles se serrent amoureusement l’une contre l’autre en éclatant de rire. Corinne est ravie. Rien que le fait d’en parler et déjà elles ont retrouvé une complicité et excitation mutuelles. Tout s’annonce à merveille…



L’immense et luxueux salon scintille de mille feux avec ses lustres de cristal, ses chandeliers de verre, ses statues et armures anciennes qui reflètent toutes les lumières. Un banquet royal s’étale sur une longue table recouverte de soie, déjà prise d’assaut par les invitées qui, coupe de champagne à la main, se régale entre les conversations. Pourtant, au début, l’ambiance avait été discrète, timide, où chacun se jugeait et se jaugeait avec méfiance. Leur hôte, après avoir reçu des hommages dignes d’un souverain, avait fait les présentations. Puis, repas et alcool aidant, la glace s’était brisée, les langues s’étaient déliées, les rires avaient fusé là et là avec décontraction. Maintenant, la fête bat son plein. Maria interprète quelques-unes de ses dernières chansons, installée confortablement derrière un piano. Balade nostalgique qui parle de son pays, avec émotion et ferveur. Sa voix chaude et rocailleuse, presque masculine, contraste avec sa sensualité animale et ses déhanchements lascifs qui rendent l’atmosphère à la fois lourde et intime, chaude et feutrée. Inès, fascinée, a la chair de poule en l’écoutant, imprégnée par des paroles et mélodies qui lui rappellent tant son pays aimé. Elle se sent étrangement bien, assise avec décontraction dans un lourd fauteuil. Claire se penche vers elle.


- C’est une femme fascinante. J’adore ses chansons.

Inès approuve de la tête. C’est là un avis général apparemment, excepté une femme qui arbore une moue dédaigneuse, parlant et riant très fort et faisant tout pour se faire remarquer, sans le moindre respect pour l’interprétation de Maria. Inès et Claire ne dissimulent pas leur agacement, se regardant d’un air entendu.

- Elle est vulgaire, sans aucun savoir-vivre. Je vais aller lui dire deux mots.

Claire veut se lever mais Inès la retient.

- Laisse, ce n’est pas grave. Elle est complètement ivre, je ne crois pas qu’elle soit en état de comprendre quoi que ce soit…

- Ce n’est pas une raison.

Elle traverse le salon d’un pas vif et décidé. Inès la trouve d’une beauté piquante dans sa robe à manches longues en mousseline de soie imprimée et dentelle, lui donnant une allure légère et aérienne dans ses mouvements. Une casquette en velours côtelé encadre sa tignasse blonde aux boucles désordonnées, mettant davantage en valeur son splendide visage rayonnant de malice et de fraîcheur. Ce look décontracté, un peu été indien et folk, lui va à ravir. Sans hésiter, elle se dirige vers la femme aussi bruyante que grossière. C’est Corinne. Comme les autres invitées, elle est connue. Star rock trash et déjantée, elle joue de son image rebelle jusqu'à outrance. Elle règle ses comptes à travers ses chansons, crachant sa haine et son mépris, rejetant l’ordre moral et les valeurs puritaines d’une société conventionnelle, et revendiquant surtout son homosexualité comme un droit à la différence, avec insolence et fierté. Elle a le look adéquat : pierçing sur le nez et la langue, cheveux noirs en bataille, Rimmel à gogo aux yeux, lèvres charnues maquillées d’un noir profond pour accentuer la blancheur de sa peau. Baggy taille XXL deux fois trop grand, tee-shirt trop large, poignets de cuir cloutés, toute la panoplie d’une jeunesse marginale qui veut se démarquer. Et elle y réussit à la perfection. Inès trouve cela dommage, car sous la façade tape-à-l’œil rayonne un beau visage aux traits lisses et réguliers, d’une grande douceur. Petite et dodue, elle dissimule tant bien que mal des formes avantageuses sous des vêtements trop amples, comme un complexe, au lieu de mettre en avant toutes ces rondeurs qui sont là les attraits d’une féminité dans toute sa splendeur. Elle se tait alors que Claire, la rejoignant au bar, semble lui parler durement. Et, chose incroyable, le visage de Corinne se fend d’un radieux sourire et elle se met à parler avec volubilité. A son tour, Claire se détend et les deux femmes conversent avec sympathie. Apparemment, Claire s’est trouvée une fan. Près d’elles, Maria arrête de chanter, acceptant les applaudissement avec modestie. Elle se dirige vers le buffet, boit goulûment un cocktail de fruits avant de prendre un verre alcoolisé et de se diriger à côté de Jean Vernier qui est en pleine conversation avec Gabrielle.

Celle-ci semble la féliciter de sa prestation puis lui cède sa place volontiers, trop heureuse d’aller trouver Inès qu’elle ne cessait d’observer à la dérobée. Cette dernière la regarde marcher vers elle. Une longue robe beige en crêpe de soie moule un corps voluptueux d’où jaillit une superbe poitrine qui attire irrésistiblement l’œil, grâce à un décolleté vertigineux . Classe, distinction et érotisme torride, voilà les mots qu’aurait employés Inès pour décrire cette somptueuse créature. Elle a un front haut bombé, un long visage ovale, presque triangulaire, et de magnifiques yeux très noirs, brûlant d’une expression hautaine sous les sourcils fins et arqués. Sa bouche est grande, bien dessinée, aux lèvres pulpeuses. Ses longs cheveux roux cascadent en vagues brillantes sur ses épaules. Elle s’assoit avec distinction dans le canapé qui se situe à droite d’Inès, croisant aussitôt ses longues jambes aussi parfaites que le reste.


- Enfin, depuis le temps que je voulais faire votre connaissance ! s’exclame t- elle avec ravissement en lui tendant la main.

Sa main délicate, aux doigts fins et lourds de bagues luxueuses, se referme autour de celle d’Inès, dans un long mouvement caressant.

- J’aime beaucoup ce que vous écrivez.

Elle ne cesse de lui faire des éloges et Inès, malgré tout flattée, garde une certaine réserve en l’écoutant parler. Etrangement, une sonnette d’alarme la prévient d’un danger imminent, et une petite voix lui dit aussi que cette femme n’est pas du genre à ouvrir des romans à l’eau de rose. Elle répond quand même aux compliments.

- Merci, c’est gentil. Mon préféré est « Cyclone à St Domingue », une histoire d’amour teintée d’exotisme qui m’a pris beaucoup de temps, mais dont mes efforts ont été largement récompensés.

- Bien sûr, j’ai adoré !

Inès sourit. Elle lui a tendu un piège et Gabrielle est tombée dedans à pieds joints. Le titre de ce roman a été écrit par une autre romancière, spécialiste elle aussi des histoires d’amour. Inès s’apprête à entendre d’autres mensonges et facéties aussi grotesques lorsque, brusquement, le visage de Gabrielle se durcit. Son regard est maintenant franc et direct.

- Vous n’avez jamais écrit ce livre, n’est-ce pas ?

- Exact.

- Bravo, vous m’avez bien eu ! C’est ce qu’on appelle se faire piéger comme une débutante.

- Excusez-moi, c’était de mauvais goût.

- Pas du tout, je le méritais.

- Alors pourquoi cette comédie ?

Le regard de Gabrielle la pénètre d’une lave brûlante. Elle la fixe toujours en répondant carrément :

- Parce que je voulais vous plaire. La flatterie est une méthode usée jusqu’à la corde pour draguer, mais elle fait toujours ses preuves. Sauf cette fois-ci…

- Oh !

Inès sent ses joues s’empourprer. Elle ne sait plus quoi dire. Gabrielle semble ravie de l’avoir désarçonnée.

- Je vous gêne, n’est-ce pas ? Ne le prenez pas mal, mais une femme aussi belle que vous doit avoir l’habitude de se faire aborder de la sorte… Vous ne laissez vraiment pas indifférente.

Le feu aux joues vient de gagner tout son visage, jusqu’à la racine des cheveux. Elle ne sait toujours pas quoi répondre.
Gabrielle la dévisage avec autant d’intérêt que d’amusement. Faire du rentre- dedans semble une habitude qu’elle maîtrise à la perfection. Déroutée, Inès jette un regard éperdu tout autour d’elle, par crainte que d’autres personnes soient témoins de son embarras. Etrangement, la jolie domestique brune, Florence, est la seule à regarder dans leur direction , et ce avec un vif intérêt. Prise en faute, elle tourne aussi vite la tête et s’empresse de remplir la coupe déjà pleine de Claire. Or, s’il y’ avait bien un verre à remplir car il ne cesse de se vider aussi vite, c’était plutôt celui de sa voisine, Corinne. Cette dernière se lève soudain de sa chaise et porte un toast à la grande actrice Claire Broustal qu’elle accapare toujours. Elle boit cul- sec, vacille en arrière et se retient de justesse au rebord du bar. Claire, avec un sourire indulgent, l’aide à se rasseoir. L’attention d’Inès est détournée par Jean Vernier qui, tenant Maria par la main, l’entraîne vers le fond du salon, prés d’un lourd rideau. Là, l’endroit est à peine éclairé par une lumière tamisée. Tous deux s’enlacent et entreprennent un slow langoureux. Depuis que Maria a cessé de chanter, une employée de maison s’est assise derrière le piano et joue quelques airs langoureux avec discrétion. Ni trop fort ni trop bas, pour ne pas noyer le brouhaha des conversations. Personne ne fait attention au couple qui danse tranquillement, invisible dans la pénombre. Inès cesse son regard circulaire alors que Gabrielle s’approche d’elle en levant son verre.


- Trinquons aux femmes et à leur beauté.

- Santé.

Elles boivent ensemble. Evidemment, Inès a un cocktail sans alcool. Elle ne veut surtout pas perdre la tête. Pourtant, une impression de chaleur semble affluer dans tout son corps. Inquiète, elle jette un regard intrigué sur son verre. Gabrielle se penche encore un peu plus vers elle, la questionnant :

- Un problème ?

- Non, rien… Dîtes, il n’y a pas d’alcool là-dedans ?

Gabrielle penche la tête en arrière et part d’un grand rire.

- Bien sûr que si… Fruits et alcool, ça fait très bon ménage.
Pas pour Inès. Au contraire, c’est totalement incompatible avec ses hormones, la catastrophe assurée. Elle pâlit, posant vite son verre par terre comme s’il s’agissait d’un serpent vénéneux. Gabrielle l’observe avec ironie.

- Tu as désobéi à maman en buvant de l’alcool, et maman va te donner une fessée, c’est ça ?

Inès lui jette un regard agacé. Ce n’est pas le soudain tutoiement qui l’exaspère, mais la façon qu’à cette femme de se moquer et la prendre au dépourvu. Elle n’a pas envie de s’expliquer.

- Non, c’est rien.

Gabrielle hausse les épaules avec indifférence. Elle remarque doucement :

- C’est une bonne idée de danser, tu ne trouves pas ?

- Quoi ?

- Je disais que c’était une bonne idée de danser. Cela ne te dis pas ?
Là, Inès a bien entendu. Elle l’observe comme si elle avait proférer une aberration.

- Non-merci.

- Pourquoi ?

- J’ai pas envie.

- Parce que je suis une femme ou tu n’aimes pas danser ?

L’indignation la fait bafouiller :

- Cela … cela n’a rien à voir. Quelle idée !

Le sang coure un peu trop vite dans ses veines, charriant de la lave qui commence à la faire suer. Panique ou alcool ? Ou les deux à la fois ? Cette femme a le don de la dérouter, et juste à un moment où elle a besoin de calme pour reprendre ses esprits. Elle ne lui laisse aucun répit.

- Alors tu as peur de danser avec moi, une femme ?

Piquée au vif, Inès se lève de son fauteuil d’un seul bond.

- Peur de quoi ? C’est ridicule !

Gabrielle est déjà debout. Avec autorité, elle la prend par la main.

- Alors prouve-le moi. Viens.


Sans la lâcher, elle l’entraîne au fond du salon. Elles croisent Jean Vernier et Maria qui regagnent leur place, ce qui n’est pas pour rassurer Inès. De plus, elle se sent mal à l’aise dans sa tenue trop sexy et regrette maintenant de s’être fait violence pour sortir de l’ordinaire : minijupe en cuir blanc cassé, ce qui fait ressortir le teint mat de ses longues jambes fuselées ; et un débardeur en résille de coton, rebrodé de perles et de paillettes, si moulant qu’il lui colle comme une seconde peau, faisant jaillir avec agressivité ses seins un peu trop volumineux par rapport à sa taille élancée. Tout ça parce qu’elle voulait faire bonne impression auprès de Jean Vernier, persuadée d’avoir un entretien confidentiel au lieu de se retrouver avec tout ce monde pour un banquet de bienvenue ! On l’y reprendra plus ! Elle se dit que c’est un peu tard pour les regrets alors que toutes deux se retrouvent dans la pénombre. Réticente, elle reste figée sur place, droite comme un piquet, et son malaise ne fait que s’accroître lorsque Gabrielle, à deux pas d’elle, se met d’abord à danser toute seule. Elle oscille sur place, bras au-dessus de la tête, se déhanche souplement, exagérant sa cambrure et faisant saillir ses seins en se rapprochant d’elle petit à petit. Enfin, tout en se trémoussant lentement, elle l’attrape par la taille et la colle fermement à elle. Tendue, Inès se laisse guider. Elles pivotent au rythme langoureux du slow. Imperceptiblement, Gabrielle colle son mont de vénus contre le sien puis, tout en se balançant, se frotte légèrement, avant de s’écarter à peine pour recommencer son petit jeu. Abasourdie, Inès se laisse faire sans trop comprendre ce qui lui arrive. La tête lui tourne, elle se demande un instant si elle n’est pas en train d’imaginer certaines choses obscènes. Ce n’est pas possible, cette femme ne peut pas mimer un acte sexuel tout en dansant avec elle. C’est si furtif, si insignifiant… Son imagination lui joue des tours. Elle a de plus en plus chaud alors que Gabrielle l’enlace plus étroitement, comme cherchant à se fondre en elle, pour ne faire qu’une… Elles sont si soudées l’une à l’autre qu’une feuille d’un millimètre ne pourrait pas se glisser entre leur deux corps... Gabrielle lui prend une main, la serre, entrelace leurs doigts. Puis, en même temps, se cambre en arrière, écartant le haut du corps en secouant les épaules et sa splendide poitrine. Et, telle une ventouse, se recolle à elle. Seulement, cette fois-ci, elle lui a emprisonné la main de sorte qu’elle la plaque contre son sein droit et s’arrangeant pour que chaque mouvement la fasse glisser un peu plus vers le sommet, pour une caresse plus précise. Inès constate avec effroi que la chair tout contre sa paume est ferme, tiède et d’une douceur incomparable.

Au lieu de ressentir du dégoût ou de l’indifférence, voilà qu’elle se sent émue comme jamais elle ne l’a été. De plus, il monte du corps de cette femme une odeur exquise, ensorcelante. Et ces ondes lascives, comme électriques, qui émanent de chaque atome de cette chair blanche et parfumée, lui communiquant sa chaleur, son désir, et l’enveloppant d’une sournoise faiblesse. Toutes ces nouvelles sensations qu’elle n’a jamais connues et qu’elle doit, là, dans les bras de cette troublante femme, affronter d’un coup. L’affolement total intervient lorsque sa main presse fortement le bout du sein droit. Elle pousse une plainte éperdue, abasourdie de sentir le raidissement d’un mamelon qui pointe et s’enfonce au creux de sa main. Et, comme si cela ne suffisait pas, la main libre de cette diablesse de femme qui, jusqu'ici, lui caressait le dos, vient de glisser sournoisement sur ses fesses. Au lieu de se dégager, son corps réagit étrangement et instantanément en se collant d’un seul élan contre Gabrielle, avec un long frisson voluptueux. Cela en est trop ! Elle est fin saoule, voilà la raison. Saloperie d’alcool ! Elle a un vertige, titube, s’accroche au bras que lui tend Gabrielle. Elle retrouve vite ses esprits, s’empresse de regagner sa place. Elle se laisse tomber sur le fauteuil avec un soupir de soulagement. Sans avoir conscience de caresser doucement l’intérieur de sa paume, là où la pointe du sein l’a marquée d’une piqûre cuisante. Gabrielle, avant de la laisser, exécute une révérence aussi théâtrale que moqueuse pour la remercier. Avec, sur son visage, un sourire narquois et victorieux. Elle s’est à peine éloignée que Claire prend sa place.


- Et bien, Inès, tu aimes jouer avec le feu. Je tiens à t’informer que cette femme aime les femmes comme toi et moi aimons les hommes. En plus, ta tenue est pour elle une incitation au viol.

- Je sais, merci du renseignement. On a juste dansé, il n’y a pas de mal. Qui est-elle exactement, cette Gabrielle. Je sais qu’elle est journaliste, je l’ai vue quelquefois à la télé, mais elle dégage quelque chose de malsain, comme un odeur de souffre et de scandale. C’est idiot, je sais , je ne me l’explique pas…

- Voilà ce que c’est de se replier dans un chalet perdu, ma chérie. Tu ne lis donc jamais les journaux people et autres magazines à scandale ?

- Jamais.

- Et bien pourtant tu devrais. On y apprend beaucoup de choses. Eux, la Gabrielle, ils la connaissent très bien, ils se régalent de ses frasques autant nocturnes que sexuelles. Elle est leur cible préférée et elle ne fait rien pour redorer son image, bien au contraire... Ses écarts de conduite ont pris en quelque sorte le dessus sur sa carrière de journaliste, elle est devenue une figure emblématique et médiatique de la Jet Set, aux ambitions aussi démesurées que ses appétits sexuels. Seulement, à force d’étaler sa vie privée et ses petites amies à tout bout de champs, le monde du journalisme en a plus que marre de ses excès et le lui fait comprendre en lui claquant furieusement toutes les portes au nez. Autant te dire que sa carrière comme journaliste est foutue.

- D’où sa présence ici, je suppose ?

- Certainement. Jean Vernier a le pouvoir de relancer sa carrière, à moins qu’elle veuille se reconvertir dans le cinéma, ce qui est fort possible. Mystère. En tout cas, elle n’est pas ici pour ses beaux yeux. Toutes ici, moi la première, avons accepté l’invitation parce que nous avons beaucoup à y gagner. Gabrielle est suffisamment calculatrice et vénale pour en tirer les meilleurs profits et… Oh, excuse-moi !

C’est son portable qui vient de sonner. Son visage s’illumine d’une joie immense alors qu’elle engage la conversation.

- Mon chéri, je suis si contente de t’entendre. Oui, tout va bien. Vous me manquez tant… Lisa est prés de toi ? Moi aussi, je veux lui parler… Alors, ma chérie, tu es sage avec papa ? Comment ? Tu as fait du poney et il est parti au trot ! Et tu n’es même pas tombée ! C’est bien, tu es une grande fille, maman est tellement fière…


Les yeux imprégnés de larmes, Claire adresse à Inès un sourire radieux avant de s’éloigner et s’isoler au fond du salon. Inès l’envie. Comme elle aimerait trouver l’homme de sa vie, avoir des enfants, faire plein de projets. Claire, elle, a fondé une famille et concrétisé le rêve de toute jeune femme. Inès, par contre, est toujours seule, désespérément seule, continuant de rêver et d’espérer, trouvant un exutoire au bonheur dans les livres qu’elle écrit. Quelle triste constatation… Depuis combien de temps n’a t- elle pas aimé, ressenti des émotions et pris du plaisir dans les bras d’un homme ? Trois ans déjà… Comme le temps passe vite. Cette longue abstinence ne lui réussit pas, et peut s’avérer dangereuse… C’est certainement ça, et l’alcool aidant, qui lui a procuré ces drôles de sensations dans les bras de cette inconnue. Car s’il y’ a une chose dont elle est certaine, c’est qu’elle n’a jamais été attirée par les femmes et qu’elle n’accepterait pas que cela puisse lui arriver un jour.
Imaginer cela est une aberration pure et simple. Ses parents, fervents catholiques, lui avaient inculqué des principes vertueux, une vision pure et généreuse de la vie, et l’idée de piétiner ces valeurs morales ne lui avaient jamais effleuré l’esprit. Bien sûr, elle n’ignorait pas que l’homosexualité existait, mais elle ne voulait même pas envisager l’aboutissement d’une telle relation, physique comme morale, car c’était là un territoire qui sortait de son idéal, un territoire aussi inconnu qu’incompréhensible. Elle ne voulait même pas penser à ce que deux femmes pouvaient faire ensemble. Sans doute faisaient-elles exactement la même chose qu’un homme et une femme, alors pourquoi aller contre la nature ? Après tout, c’était pas son problème. Elle n’avait pas à porter le moindre jugement, les gens faisaient ce qu’ils voulaient avec qui ils voulaient… Vivre et laisser vivre, fermer les yeux et ne pas y réfléchir. De toute façon, il n’y avait rien à dire sur ce sujet. Ne faut-il pas de tout pour faire un monde ? Chacun trouve son bonheur où il peut. Pour elle, le bonheur, le vrai, le seul, ne pouvait se vivre et s’exprimer dans toute sa plénitude qu’avec un couple hétérosexuel. Le parcours logique et normal qui aboutit sur le mariage, les enfants, la maison … Et, malgré sa tolérance, il n’y avait pas à revenir là-dessus. Fin du débat. Armée de ses bonnes résolutions, elle chasse de son esprit cette triste expérience du slow entre femmes. Ses idées en redeviennent plus claires. Elle interpelle l’employée de maison qui passe devant elle.


- Excusez-moi. Vous vous appelez Florence, c’est ça ?

- Oui, Madame.

- Dites, la boisson que vous m’avez servi était alcoolisé, alors que j’avais bien spécifié une boisson sans le moindre alcool.

La servante prend un air profondément ennuyé.

- Désolée, Madame. Je ne savais pas que c’était si important pour vous. En vérité, ce cocktail est tellement léger, frais et fruité, que je n’ai pas jugé utile de vous préciser ce détail.

Son expression sincère et catastrophée lui fait pitié. Ce n’est pas son genre de faire un esclandre. Et, après tout, ce n’est pas bien grave, l’incident est clos. Elle lui sourit chaleureusement.

- Bon, n’en parlons plus… Pourrai-je juste avoir un verre d’eau ?

- Bien sûr, Madame.

Malgré elle, Inès suit des yeux la démarche chaloupée de la servante qui en fait des tonnes pour attirer les regards. Et ça marche. Gabrielle, installée nonchalamment au bar, en garde le verre suspendu aux lèvres, tournant si vite la tête en bravant le torticolis qu’un peu de boisson se renverse et coule sur son menton. Elle en baverait presque ! Malheureusement, elle n’en a pas le temps car, tout prés d’elle, Corinne fait un scandale, gueulant comme une chiffonnière.

- Ta musique, c’est de la merde !

Elle s’en prend à Maria qui, bouche bée, n’a pas le temps d’en placer une, se faisant copieusement insulter. Corinne titube devant elle, le visage livide, la bouche déformée par un rictus mauvais qui, d’un coup, se fige dans un masque de nausée et de douleur. Apparemment, la star-rock a surestimé ses limites en matière d’alcool. Elle va s’écrouler au sol lorsque Gabrielle, avec une irritation flagrante, la rattrape et tente de la remettre sur pieds, aidée par une jeune femme qui, jusqu’ici si discrète qu’elle en était presque invisible, vole à son secours. C’est la farouche jeune femme qu’Inès avait percuté dans les escaliers.

Toutes les deux la soutiennent pour la ramener dans sa chambre. Maria, outrée, s’écrie :

- Bon vent ! Qu’elle aille gerber ailleurs !

Charmante ambiance. Cela arrache à Inès un sourire ! En une soirée, elle vient de plonger dans le vif du sujet, entre drame, haine et jalousie. C’est rock and roll, un château de fous ! En plus, elle s’est faite draguer par une femme, a même dansé un slow avec elle… Là, c’est du vrai vaudeville ! Elle commence à regretter d’être venue ici. Une semaine, cela va être long… Elle boit son verre d’eau que Florence lui a apporté il y’ a quelques minutes auparavant, tire nerveusement sur sa minijupe après s’être levée du fauteuil. Pour elle, il est temps de regagner sa chambre. Il se fait tard. Un bisou du bout des doigts qu’elle adresse à Claire, toujours en communication et en pleurs avec son mari ou sa fille, et un grand bonsoir général à toute l’assemblée avant de prendre congé. Un moment, elle se perd, un dédale de couloirs et de portes qui semblent identiques, puis elle retrouve enfin son chemin. Elle s’engage dans le bon couloir lorsqu’un sanglot lui parvient. C’est la jeune femme timide qui, seule, pleurniche dans son coin, recroquevillée et adossée contre le mur, entre deux portes. Inès, en s’agenouillant devant elle, prend soin de l’examiner. Lèvres charnues, joues roses, visage pur et enfantin, teint nacré qui rend son regard d’un vert émeraude encore plus beau et plus intense, longue chevelure nattée qui descend jusqu’au bas des reins, elle est d’une beauté à couper le souffle. Avec cette fragilité et ce côté indomptable qui la rend à la fois attachante et énigmatique. Inès avait déjà ressenti cette impression lorsqu’elle l’avait brièvement aperçue - et heurtée - à son arrivée.


- Tu ne vas pas bien ?

L’autre renifle et, sans lever les yeux, ronchonne :

- Si, si, tout va bien dans le meilleur des mondes… Je rayonne de joie d’ailleurs !

Sans se laisser démonter, Inès insiste.

- Tu ne te sens pas à ta place, ici, hein ? Tu t’ennuies car tu es si différente des autres… Moi aussi, je m’ennuie, comme toi j’ai rien à faire avec tous ces gens qui adorent s’entendre parler en pavanant comme des paons. Alors, puisque qu’on est pareil toutes les deux, apprenons à nous connaître et devenons amies. Tu veux bien devenir mon amie ?

Dans un geste à la fois nerveux et puéril, la jeune femme essuie son nez de la main avant de réaliser qu’elle n’a pas de mouchoir. Du coup, elle tire sur la manche de son tee-shirt à l’en déformer pour finir de se nettoyer. Elle regarde enfin Inès, un regard à la fois curieux et craintif.

- D’accord.

- Très bien. Alors appelle-moi Inès. Toi, si j’ai bien compris lorsque Mr. Vernier a fait les présentations générales, tu es auteur et compositeur, c’est ça ? C’est toi qui écrit les chansons de Corinne ?

- En partie, oui… Je rends aussi d’autres services.

- Et ton prénom, c’est comment déjà ?

- Patricia.

- Et bien tu vois, Patricia, on est faîte pour devenir les meilleures amies du monde car toutes les deux on se ressemble beaucoup plus que tu ne le crois.

- Comment ça ?

- En plus de ne pas être à notre place ici, on fait un peu le même boulot. Auteur, écrivain, c’est un peu pareil, on joue avec les mots et les lettres…

- Sauf que vous parlez très bien. Moi, j’ai un mal fou à communiquer, et c’est à travers les chansons que j’arrive à exprimer certaines choses.

- Alors, de nous deux, c’est toi la seule et vraie artiste.


Alors Patricia lève des yeux émerveillés sur elle, la regardant comme personne ne l’a jamais regardée, avec admiration et dévouement. Inès se sent embarrassée, elle n’a pas l’habitude de provoquer des sentiments aussi exaltés dans les yeux d’une autre femme. Elle a l’air si perdue, si désemparée. Inès, brusquement, a presque envie de la prendre dans ses bras, la cajoler, la rassurer, et même l’amener avec elle jusque sa chambre, dans son lit, et passer la nuit avec elle, la serrant dans ses bras, pour lui dire que tout allait bien, qu’elle était là maintenant pour s’occuper d’elle. Un instinct maternel presque, l’envie d’être utile, de protéger. Sauf que cette jeune fille a dépassé l’âge d’user ses culottes sur les bancs d’école. Ce n’est plus une gamine, elle doit avoir une vingtaine d’année, avec un corps splendide, à la fois gracile et sensuel, des petits seins insolents aux fesses rondes si joliment dessinées. Confuse, Inès se contente de lui déposer un léger baiser sur le front avant de la laisser. Avec l’horrible sentiment de l’abandonner. Sa culpabilité n’aurait pas eu lieu d’exister si, à cet instant, elle s’était retournée pour observer l’expression de la jeune femme. Patricia n’a plus rien de la naïve enfant désorientée. Son visage trahit le désir le plus primitif alors qu’elle suit avec avidité chaque ondulation du corps à la fois souple et voluptueux de la romancière.



Le léger rideau s’agite en laissant passer une brise délicieusement fraîche. La tramontane vient de se lever. Inès s’étire en ouvrant les yeux, puis se remet en boule au creux du lit. Elle n’a pas envie de se lever. Elle traîne encore quelques minutes avant de prendre son courage à deux mains. Après la douche, elle enfile une robe légère, en dentelle finement brodée par la main même de sa mère, et descend dans le parc du château. Sur la terrasse, sous une tonnelle recouverte d’un chèvrefeuille grimpant, aux fleurs blanches et odorantes, l’attend une profusion de fruits, café et viennoiseries qui lui ouvrent d’emblée l’appétit. Elle s’attable à côté de Claire qui, bouche pleine, lui adresse un clin d’œil jovial.


- T’as passé une bonne nuit ?

- Excellente.

Maria, fraîche et maquillée à la perfection, s’installe à sa droite.
- Alors, les filles ? Que nous réserve cette belle journée ? Moi, je vais faire une petite ballade hygiénique… Qui m’aime me suive.

Son visage se ferme d’un coup alors que Corinne, encore toute ensommeillée, vient de se glisser de l’autre côté de la table, entre deux lauriers roses en pot. Elle grommelle un vague bonjour avant de se jeter sur un croissant. Claire, discrètement, échange un regard entendu avec Inès. Pour détendre l’atmosphère, cette dernière lance joyeusement :

- S’il y’ a des vélos, je suis partante pour une promenade. Cela devrait être facile, le relief paraît assez plat.

- D’accord, je viens avec toi, s’écrie joyeusement Claire.

Un serveuse apporte du café. Blonde et presque rasée, le visage émacié, c’est une grande fille sèche et autoritaire assez androgyne, aussi jolie qu’étrange. Apparemment, c’est la responsable des employées de maison et elle prend son travail très au sérieux. Elle se prénomme Fanny. Avant de repartir aux cuisines, elle dit à Inès :
- Monsieur vous attend dans son bureau, pour onze heures. Soyez à l’heure, Monsieur ne tolère aucun retard.

Il faudrait être sourde pour ne pas comprendre le message. Pour Inès, c’est reçu cinq sur cinq. En même temps, elle est soulagée et ravie de ce rendez-vous. Elle n’est pas là pour faire du tourisme, il lui tarde de se mettre au travail.

- Le vélo, ce sera pour plus tard…

Claire acquiesce.

- Pas de problème. D’abord les affaires, ensuite le plaisir.

Maria renchérit.

- Vous verrez, tout se passera bien. Hier soir, j’ai eu un petit entretien avec Jean, et j’ai eu tout ce que je voulais obtenir. Il est tellement généreux.

- Surtout quand on y met le prix. Avec lui, rien n’est gratuit !
C’est Gabrielle qui vient d’intervenir, s’asseyant prés de Maria. Elle est habillée avec distinction, comme si elle allait se rendre à une fête mondaine. La classe jusqu’au bout des ongles... Elle fait la paire avec Maria qui l’accueille avec ironie.

- Ne soyez pas cynique, ma chère. On sait toutes à quoi s’attendre.

- Sauf notre jolie petite oie blanche. Elle ne se doute de rien apparemment… Tout est si beau et si pur, comme dans ses romans…

Inès se sent déstabilisée d’être si rapidement attaquée. Pour la forme, elle veut répliquer mais Maria prend les devants.

- Cesse de la taquiner, Gabrielle. Au moins, à rester naïve et ignorante des choses de la vie, on ne devient pas cynique et aigri. Et c’est pas plus mal ainsi…

- Ah ? Et toi, Maria, dans quelle catégorie tu te situes ? D’ailleurs, je ne savais même pas que tu connaissais la signification du mot «naïf », tu me surprends là…

Maria part d’un rire sec et forcé, prenant l’assemblée à témoins.

- Mesdames, vous avez devant vous une femme de caractère qui ne vit que pour les conflits et les rapports de force. Si vous voulez qu’elle vous respecte, n’hésitez surtout pas à la défier et lui tenir tête, sinon elle vous mangera tout crû.

Une lueur d’amusement brille dans le regard de Gabrielle alors qu’elle approuve avec emphase :

- Mais c’est pour ça que je t’adore, Maria, et que je te respecte tout autant.

Elle reporte son attention sur Inès.

- Alors, quelle est la raison exacte de ta présence ici, gentille petite fleur bleue ?

Inès prend la mouche. Sa voix tremble :
- La gentille petite fleur bleue doit écrire sa biographie, c’est tout. On doit discuter des clauses du contrat, et que j’en sache évidemment un peu plus sur sa vie. Voilà, ce n’est un secret pour personne maintenant.

Elle se mord les lèvres. Pourquoi avait-elle besoin de se justifier ?
Gabrielle, satisfaite de l’avoir piquée au bon endroit, arbore un sourire victorieux.

- Oui, mais pourquoi toi, la spécialiste des romans sentimentaux ? Jean est tout sauf un sentimental, et sa vie l’est encore moins… S’il t’a choisie, ma jolie, c’est qu’il doit avoir ses raisons et un but bien précis…

- Et bien il se trompe s’il pense pouvoir m’acheter ! Et puis, d’ailleurs, je lui fais confiance, il n’y aura rien à négocier !
Sa voix est aussi résolue que ses bonnes intentions.




Inès se lève d’un bond de son fauteuil, n’en croyant pas ses oreilles.

- Comment osez-vous me demander une chose pareille ? C’est grotesque !

Elle respire profondément, à plusieurs reprises, contenant difficilement sa colère. Stupeur, abattement, dégoût, tout y passe et s’entrechoque dans sa tête alors qu’elle se met à arpenter le bureau comme une lionne en cage. Si elle s’écoutait, elle ferait ses valises dans la seconde pour s’enfuir le plus loin possible de cet endroit décadent ! Incroyable, elle nage en plein délire ! Jean Vernier se dirige vers le bar et se sert un deuxième whisky. Sa démarche est semblable à sa façon de s’exprimer : résolue et posée. Il laisse plusieurs minutes s’écouler, sans dire un mot, l’observant tranquillement. Il semble comprendre son indignation, l’accepte comme un caprice qu’il faut laisser passer. Pour elle, c’est beaucoup plus qu’un fâcheux contretemps. Soit, il a l’habitude d’obtenir toujours ce qu’il veut, mais là il se met le doigt dans l’œil s’il pense qu’elle va se prêter à cette sinistre comédie. Sa voix tremble encore alors qu’elle manifeste son incompréhension :

- Vous réalisez la gravité de votre demande ? Vous organisez cette petite assemblée pour une semaine, une sorte de huit- clos sordide et insolite, digne d’un roman policier façon « Les dix petits nègres »… Et là, le deuxième jour, vous m’annoncez tranquillement que toutes les femmes ici présentes sont certainement lesbiennes, que l’une d’entre elles a été la maîtresse de votre défunte femme et sans aucun doute la responsable de sa mort prématurée ! Et moi, simple romancière, je dois jouer les flics d’opérette pour vous aider à démasquer la coupable. Mon seul indice : un tatouage ridicule juste au-dessus du pubis. Un petite fleur, une rose rouge. Et vous me demandez maintenant de vérifier sur toutes ces femmes l’existence ou l’absence de ce tatouage ! Et que dois-je faire pour ça ? Vous n’en avez rien dit, mais on peut envisager les scénarios les plus scabreux, au point où on en est… Les mâter quand elles sont toutes nues ? Ou les séduire une à une pour coucher avec pendant qu’on y ’est ! Au moins, j’en aurais le cœur net ! Ou, tiens, organisons une super orgie, au moins j’irai droit au but en une seule fois !

- Vous exagérez, ma chère… Je n’ai jamais pensé à de telles méthodes. Il existe entre femmes des petits gestes simples et innocents qui ne prêtent à aucune arrière-pensée. Essayer ensemble des affaires, s’échanger ses toilettes, prendre une douche ensemble par exemple…

- Des petits gestes simples et innocents avec des femmes qui, justement, aiment les femmes ! Vous rêvez là ! Je suis peut-être naïve, mais pas à ce point… Demandez à cette Gabrielle de prendre une douche avec moi, mais surtout sans arrière-pensées, hein ! Juste entre copines tiens ! J’imagine très bien comment cela va finir.

- Et alors, cela vous fait peur ?

Décidément, c’est la deuxième personne qui emploie ce mot en deux jours. Hier soir, Gabrielle l’avait utilisé pour la défier alors qu’elle hésitait à danser un slow avec elle. Agacée, elle s’emporte :
- Non, je n’ai pas peur, ni de Gabrielle ou de qui que ce soit d’ailleurs… Je ne vois aucun danger à fréquenter des lesbiennes car j’aime les hommes, exclusivement les hommes. A jouer avec le feu avec un bel homme pourrait en effet comporter certains risques, mais là je ne crains rien ni personne.

- Alors où est le problème ? Même si, dans le pire des cas, vous deviez flirter avec une femme, sans aller jusqu’au bout puisque ce n’est pas ce que je vous demande, vous pourriez garder la tête froide, en toutes circonstances…

- Bien sûr.

- Voilà. Ne voyez donc pas le mal là où il n’a aucune raison d’être… Je vous demande un service qui, pour moi, a beaucoup d’importance. Cela me hante depuis des années et je veux connaître la vérité. En échange, je vous offre sur un plateau le roman qui sera certainement le plus attendu et plus médiatique de ces dernières années. La biographie du mystérieux Jean Vernier, son amour impossible et contrarié avec la légendaire Catherine, et enfin la vérité sur ce drame horrible qui les a séparé pour toujours. Du romantisme, du glamour, du sensationnel, voilà tout ce que recherche le public. Pour vous, c’est la gloire assurée et la fortune jusqu’à la fin de vos jours. Pour moi, cette vérité sera un lourd fardeau en moins à porter. Mais cette vérité comporte encore des zones d’ombre et, avant de lever le rideau, il faut évidemment la connaître. Et pour la connaître, il faut la chercher. Puisque je vous ai choisie comme porte-parole, il est normal que vous m’aidiez dans ma recherche. Vous et personne d’autre… C’est tout ce que je vous demande, c’est le prix à payer pour que je vous fasse confiance et vous laisse écrire mon histoire. A vous de choisir… Mais dites-vous bien que d’autres écrivains vendraient père et mère pour être à votre place, à vous de saisir votre chance…
Inès le sait bien. Et c’est justement là le problème. Ce contrat, elle le veut. Non seulement il y’ a l’aspect financier qui est énorme, indécent presque. Elle ne court pas vraiment après l’argent, ayant peu de besoins, mais celui-ci est quand même la meilleure voie vers l’indépendance. Se sentir libre, faire ce dont elle avait envie quand elle le voudrait, faire des cadeaux à sa famille sans compter, et se sentir surtout réconfortée et sécurisée financièrement. Et puis il y’ avait le fait qu’elle pouvait gagner énormément d’argent en effectuant un travail qu’elle adorait et dont elle se sentait tout à fait capable. C’était ça sa vraie motivation. L’histoire lui plaisait. Jean Vernier l’avait alléché en résumant avec verve et passion son histoire d’amour avec Catherine, un vrai conte de fées à rebondissements.

Dix ans auparavant, il avait sauvé Catherine qui, suite à une chute de cheval, était tombée dans un ravin. Il avait eu pitié de la petite sauvageonne sale et débraillée, l’avait ramenée dans son château pour les premiers secours. Evidemment, la prenant pour la petite paysanne qu’elle était, il l’avait traité avec un dédain et une désinvolture de goujat, la renvoyant aussi vite chez elle par son chauffeur. Humiliée, elle l’avait détesté pour cela. Et puis, un an plus tard, leurs chemins s’étaient de nouveau croisés. Jean Vernier, passionné d’équitation, avait embauché comme palefrenier l’employé d’un ranch voisin, un gitan fier et ténébreux, et il se trouvait que sa fille était Catherine. A une fête somptueuse qu’il avait organisé avec le gratin du show-biz, elle s’était carrément invitée et avait montré un aplomb sidérant. Vêtue d’une élégante robe et parée de bijoux rutilants, elle était d’une beauté ensorcelante, enjouée et spirituelle, et il avait été envoûté, reconnaissant difficilement la gitane sauvageonne qu’il avait dédaignée l’année d’avant. A son tour, avec malice, elle avait savouré sa revanche, affichant un mépris souverain et gardant prudemment ses distances alors qu’ils jouaient tous les deux à cache-cache avec leurs sentiments, se laissant prendre à leur propre piège. Un amour impossible car un monde les séparait. Puis, finalement, l’amour avait triomphé. Mariage aussi somptueux que médiatique, bonheur parfait, ils avaient traversé les épreuves et leurs différences avec harmonie, sourds aux jalousies et aux rumeurs mesquines qui critiquaient l’intérêt vénal de la mariée. Et puis, une nuit, le rêve s’était transformé en cauchemar. A deux heures du matin, Jean alerte la police. Il a retrouvé le corps sans vie de sa femme, une balle dans la tête et revolver au poing. La thèse du suicide vient aussitôt à l’esprit des enquêteurs, mais un inspecteur zélé met en avant les contradictions de Jean Vernier et certains points troublants qui suscitent vite la suspicion. Le meurtre est privilégié, l’infidélité de sa femme possible, le mobile flagrant, et devant les rebondissements de l’enquête la France toute entière suit avec une fascination morbide les possibles détails d’une machination préméditée. Cupidité, luxure, manipulation et assassinat, tout est suggéré pour susciter l’horreur d’une population avide de scandale. Pour finalement aboutir, faute de preuves, sur un non-lieu. Evidemment, l’affaire a encore fait couler beaucoup d’encre, la culpabilité de Jean Vernier ne faisant aucun doute dans l’esprit de beaucoup de français. Et c’est maintenant que celui-ci avoue, pour la première fois à une Inès incrédule, qu’il était bel et bien innocent, mais qu’il a menti a la police en dissimulant certaines preuves. Catherine avait bien une liaison. Avec une autre femme. Et lorsqu’il a découvert le corps, il lui a été impossible de savoir si cela était un meurtre ou un suicide. Par contre, ce qu’il a remarqué, ce sont les traces d’une autre femme, parfum et sous-vêtement. Et, dans le sac de Catherine, une lettre inachevée ou celle-ci déclarait sa flamme et son désarroi à cette mystérieuse maîtresse. Dessus, pas de prénom ou de nom, mais juste l’énoncé d’un détail, la seule piste qui pouvait trahir l’identité de l’amante : une minuscule rose au bord des poils pubiens, un tatouage que Catherine adorait embrasser lors de leurs étreintes. C’était tout. Il avait alors paniqué et effacé les preuves. Peur du scandale, peur que l’on souille la mémoire de se femme, honneur bafoué et dignité froissée d’avoir été cocu, désir de vengeance personnelle, c’est un peu tout ça qui l’avait poussé à amoindrir la gravité des faits et à tout tenter pour étouffer l’affaire.

Peine perdue. Encore aujourd’hui, le mystère restait entier, entretenant les rumeurs les plus vivaces, et le château gardait toujours ses sombres secrets. Maintenant, il veut découvrir l’identité de la maîtresse de sa femme, la pousser à lui dire toute la vérité. Exorciser ses vieux démons et vivre enfin en paix. Pour cela, il l’utilise, elle, Inès Genest, et c’est le prix à payer pour avoir un droit d’exclusivité sur cette histoire. L’argent n’est qu’une formalité pour Jean Vernier, et si elle refuse c’est quelqu’un d’autre qui en profitera, quelqu’un qui mettra de côté tout ses préjugés pour, en échange, toucher le gros lot. Et gâcher une histoire qu’elle seule pouvait écrire, avec la puissance émotionnelle qui la transporterait et aboutirait à un triomphe certain. Cela ne valait-il pas d’y réfléchir un peu plus longuement…. Et puis, elle se sent maintenant impliquée, imprégnée par ce mystère, stimulée par une inspiration comme jamais elle n’en a ressenti. Alors qu’il lui racontait sa rencontre et son amour pour Catherine, elle prenait des notes d’une main fébrile, excitée comme une gamine, avec déjà dans sa tête des phrases qui défilaient à une vitesse folle pour décrire le cours de sa narration. Force et impact, le choc des mots, elle avait là tous les ingrédients pour aboutir à la perfection. L’état de grâce, la passion qui stimule l’artiste. Certes, la fin ne correspondait pas à cet idéal de pureté qu’on trouvait dans ses autres romans, mais il était temps qu’elle évolue un peu, qu’elle ouvre les yeux sur le monde et vive avec son temps. Déjà, alors qu’elle réfléchit à tout cela, elle réalise qu’elle change peu à peu d’avis. Elle n’est plus aussi bornée et hermétique qu’au début. Indécise, elle revient vers son fauteuil, sans toutefois s’y asseoir. D’autres questions lui brûlent les lèvres :


- Ce tatouage est le seul élément dont je dispose ?

- Le seul.

- Et pour quelques raisons vos soupçons se portent sur ces femmes que vous avez invités ?

- J’avais engagé un détective privé. Ses honoraires étaient suffisamment élevés pour m’assurer sa discrétion. Il avait établi une liste. Toutes ont connu ma femme, de plus ou moins prés, durant ses deux dernières années. J’ai trouvé inutile de remonter plus loin dans le passé. Evidemment, j’avais d’autres noms que j’ai éliminé au fur et à mesure. Et il se peut aussi que la coupable ne soit pas ici, bien que j’en doute…

- Justement, parlons-en. Claire n’a pas du tout le profil. Elle est mariée et maman d’une petite fille.

- Je n’écarte aucune piste. Avant de rencontrer celui qui devint son mari, elle a connu Catherine. Leurs chemins se sont croisés lors d’un festival de films d’auteur. Durant cette manifestation, il paraît qu’elles ne se sont pas quittées.

- Une histoire d’amitié, tout simplement…

- Peut-être… Ou peut-être pas…

- Bon, passons. Et Patricia, que vient-elle faire là dedans. Elle est top jeune pour avoir été la maîtresse de votre femme.

- Exact. C’est la seule qui n’a rien à faire dans cette histoire, mais Corinne ne voulait pas se séparer pour tout l’or du monde de son amoureuse. Alors j’ai dû l’inviter aussi.

Là, Inès tombe des nues. Elle en bafouille :

- Vous voulez dire que… que elle et Corinne sont amies intimes ?

- Bien entendu, cela saute aux yeux, non ?

Après la stupéfaction, le cœur d’Inès se serre de compassion. La pauvre enfant ! Timide et mal dans sa peau, en manque de repères, elle avait dû être une proie facile pour cette névrosée de Corinne. Voilà pourquoi elle semblait toujours si triste et malheureuse, et qu’elle l’avait trouvée en pleurs hier soir… D’emblée, un instinct protecteur la pousse à tout mettre en œuvre pour la sortir des griffes de cette femme, lutter pour le salut de son âme. Mais, en attendant, elle a un autre combat à mener, des négociations âpres et difficiles pour son propre avenir.

- Bon, laissez-moi un peu de temps pour y réfléchir.

- Le temps est compté. Plus que six jours pour se consacrer à ma biographie.

- Je sais. Je vous donnerai ma réponse ce soir.

- Et ? Je sens des conditions derrière tout cela…

- Exact. Si j’accepte, je ne veux pas être votre marionnette dans le choix du style, du fond et de la forme de mon roman. A moi d’estimer ce qui a de l’importance ou pas… Pas de censure et d’exigences à tout va…

- C’est une clause acceptable. Vous demeurez mon employée, mais je m’efforcerai de ne pas dicter mes lois. C’est tout ?

- Si j’accepte, on commence le travail parallèlement à mes recherches…
Elle cherche les mots adéquats.

- … A mes recherches particulières.

- Cela va de soit. Je vous ai dis que le temps nous était compté, et cela incluait nos deux affaires.

- Bien. Alors à ce soir…

- A ce soir.

Elle est à peine sortie que la bibliothèque s’ouvre en coulissant, dévoilant un passage secret. Une silhouette de femme glisse prudemment, toujours dissimulée dans la pénombre.


- Mon cher Jean, vous êtes redoutable. Vous avez amorcé l’hameçon à la perfection.

- Je pratique suffisamment la pêche pour savoir que, dans une rivière pleine de poissons, l’appât ne s’en sort jamais indemne. Bref, je ne suis pas mécontent de moi. Ma méthode est imparable : partir de la vérité et la détourner subtilement pour rester dans une ligne de conduite logique. A l’heure qu’il est, elle est incapable de discerner le vrai du faux. Je lui ai donné les bases : des éléments existants et des outils concrets. Le piège est donc bien dissimulé.

- Vous pensez vraiment qu’elle va accepter ? Ses états d’âme et son orgueil peuvent encore la faire fléchir.

- J’en doute. Sa réponse, je la connais déjà. Comme je connaissais déjà la réponse de Gabrielle.

- Ne les comparez pas, elles sont si différentes. Gabrielle n’a jamais eu d’états d’âme, et le marché que vous lui avez proposé ne pouvait que lui plaire. Coucher avec Inès pour avoir son nom en tête d’affiche de votre prochaine production, quelle aubaine pour une femme comme elle ! Ou comment joindre l’utile à l’agréable… Mais Inès ne fonctionne pas du tout de la même façon.

Un sourire matois étire les lèvres de Jean Vernier.

- Parce qu’elle vivait dans sa bulle. Mais je vais l’acculer à commettre des actes de moralité douteuse, à l’encontre de ses principes, le côté sombre et insoupçonné de sa personnalité. Elle va connaître la tentation et nous verrons bien comment elle va se sortir de toutes ces épreuves…




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