Cinéphiles particuliers

Cinéphiles particuliers Bien que de nombreuses années se soient écoulées cette journée de juillet 1962 reste gravée dans ma mémoire.

J’en garde intacts les moindres détails.

Je venais de passer le baccalauréat avec mention et j’avais obtenu de mes parents de ne pas partir avec eux en vacances dans la famille en Auvergne comme c’était l’habitude.

J’étais autorisé à aller camper avec deux copains au mois d’août et j’avais trouvé un job d’été en juillet pour financer ce projet.

J’étais donc pour la première fois seul à Paris, libre et décidé à profiter, sans trop savoir comment, de cette liberté.

Ce dimanche après-midi, j’étais sorti du métro à Châtelet et je m’étais aventuré rue Saint Denis.

A cette époque cette rue et quelques petites rues adjacentes étaient connues pour les prostituées qui y faisaient le trottoir, seules ou par petits groupes, en tenue provocante, sur le pas de certaines portes.

De temps à autres après avoir échangé quelques mots l’une d’elles disparaissait dans le couloir avec un client que j’enviais.

Je n’avais ni le courage ni vraiment l’intention de monter avec l’une d’elles mais leurs clins d’œil aguicheurs ou leurs invitations explicites, « tu viens, chéri ?

» ou simple « bonjour, mon chou », me donnaient chaud aux joues.

Je finis par arriver Porte Saint Denis où, sur le boulevard, se trouvait un cinéma permanent spécialisé dans les films pornographiques.

Il faut se rappeler qu’à cette époque internet n’existait pas et l’accès au porno n’était pas facilement à la portée des adolescents.

Même le célèbre « Paris Hollywood », revue interdite à l’affichage, présentait ses photos de femmes nues avec le pubis pudiquement gommé, effaçant toute représentation du sexe.

Autres temps, autres mœurs.

Bref, je tournai et virai quelques temps aux abords du cinéma affichant l’interdiction aux moins de 16 ans.

Enfin, fort de mes 18 ans révolus, je me décidai.

La caissière me donna mon ticket d’un air las et indifférent et j’entrais dans la salle baignée par la lumière de l’écran sur lequel un couple s’agitait frénétiquement.

Les spectateurs étaient peu nombreux et clairsemés.

Le dernier rang était vide et je m’y glissai discrètement.

Je fus rapidement absorbé par ce que je découvrais, ces corps nus se prenant dans différentes positions, ces sexes en gros plan, ces gémissements m’excitaient au plus haut point.

Mes plus proches voisins étant un couple, deux rangs devant moi, je m’autorisai à déboutonner mon pantalon et à y glisser la main.

Absorbé par ce qui se passait à l’écran, je m’aperçus au dernier moment que le couple changeait de place et progressait dans ma travée.

J’eu tout juste le temps de sortir ma main de mon jean avant que la femme prenne place à côté de moi, son mari près d’elle.

« J’espère qu’on ne te dérange pas.

Tu aimes le film ?

-Oui… Euh, non, vous ne… -Tant mieux.

» Elle avait posé familièrement la main sur ma cuisse et sembla s’intéresser de nouveau au film.

Je n’osais plus bouger.

J’hésitais entre l’envie de me lever et de m’enfuir et la curiosité de voir ce qui allait se passer.

Quelques minutes plus tard je sentis la main se déplacer, tâter l’endroit de mon pantalon où ma bite formait une protubérance puis s’immiscer là où je lui avais facilité l’accès en ne me reboutonnant pas.

Elle palpa ma queue comme pour en apprécier le degré d’érection, puis la libera de mon slip.

Elle me demanda calmement : « Tu permets ?

» et sans attendre de réponse se pencha, la prit en bouche et se mit en devoir de la sucer.

Tendu, paralysé, je me laissais faire.

Son compagnon ne semblait prêter aucune attention à ce qui se passait à côté de lui Bientôt sur le point d’éjaculer, je tentai d’interrompre la femme, je balbutiai : « Je crois que… je vais… je vais… -Tu peux y aller, soulage-toi, elle aime ça.

» Il avait dit cela sur un ton neutre, détaché.

N’y tenant plus je lâchai plusieurs jets de sperme qu’elle avala au fur et à mesure, puis se redressa, déglutit une dernière fois et me murmura à l’oreille : « Merci, j’ai bien aimé.

» et enfin sembla se désintéresser de moi, comme s’il ne s’était rien passé.

Je demeurai quelques minutes à fixer les acteurs qui poursuivaient leurs acrobaties sexuelles, reboutonnai mon jean et sortis furtivement.

J’étais sur un petit nuage.

J’étais entré en hésitant dans ce cinéma et voilà que pour la première fois une femme me touchait le sexe et le suçait !

Et j’avais éjaculé dans sa bouche !

Je n’en revenais pas.

« Excuse-moi, nous ne nous sommes pas présentés.

Je m’appelle Martine et mon mari Marcel.

» Le couple m’avait rejoint et marchait à ma hauteur.

Elle devait avoir environ 40 ans, était plutôt petite et mince, et son compagnon plus âgé, la cinquantaine ou un peu plus.

Elle poursuivit : « Tu vas souvent dans ce genre de cinéma ?

Et ça t’a plu ?

-Euh oui… enfin non, c’est la première fois.

-Et ce que je t’ai fait ne t’as pas plu ?

ça t’a choqué ?

-Euh non, non, ça m’a plu.

Mais je ne m’y attendais pas.

-Nous habitons à deux pas.

Nous t’invitons à boire un verre.

-Euh… je ne sais pas si… -Mais oui, ça fera vraiment plaisir à ma femme.

» C’était l’homme, qui n’avait rien dit jusque-là, qui appuyait l’invitation de sa femme.

La dénommée Martine a passé son bras sous le mien.

Nous avons marché quelques centaines de mètres en silence jusqu’à un immeuble haussmannien du boulevard de Sébastopol.

Leur appartement était au deuxième étage, il me parut luxueux.

La grande fenêtre ouverte baignait le salon de soleil et le bruit rassurant de la circulation montait jusqu’à nous, dissipant mon inquiétude ; après tout, qu’avais-je à craindre ?

On m’avait prié de m’assoir sur le grand canapé et servi un verre de coca cola.

Marcel avait pris place dans un fauteuil et sa femme vint me rejoindre sur le canapé.

Elle engagea la conversation : « Alors c’était la première fois que tu venais voir un film érotique.

-Euh… oui madame.

-Tu peux m’appeler Martine, tu sais, et on se tutoie.

On a fait connaissance, au cinéma, non ?

-Euh… oui… - (elle rit) Dis-moi, tu vas commencer toutes tes phrases par euh ?

-Euh non… pardon, c’est parce que je suis un peu intimidé.

» J’avais avoué ça en hésitant.

Elle rit à nouveau.

« Il ne faut pas voyons.

Tu n’as pas à être gêné.

Tu es puceau ?

» La question m’a pris au dépourvu.

Je me suis senti rougir.

Elle a encore eu un petit rire et ajouté : « Il est mignon !

» en posant comme au cinéma sa main sur ma cuisse.

Son mari restait silencieux, buvant tranquillement son verre.

J’étais jeune et très naïf et malgré ce qui s’était passé au cinéma je croyais encore que Martine et Marcel ne m’avaient invité qu’à boire un verre.

Mais j’ai compris ce qu’il en était quand elle a poursuivi : « Etre puceau, tu sais, ce n’est pas une maladie.

Et on peut facilement y remédier.

» Sa main s’était déplacée et avait atteint l’endroit où se trouvait mon pénis.

Brusquement elle s’est levé, s’est prestement débarrassé de sa robe sous laquelle elle ne portait rien et se planta devant moi, nue, bras écartés.

« Et pour faire ça, tu penses que ça peut convenir ?

» Je suis resté sans voix.

J’avais pour la première fois devant moi une femme nue, en chair et en os, offerte.

Je la dévorais des yeux, ses seins ronds, son pubis et la toison brune qui le couvrait, la fente entrouverte ourlée d’un froissement de chairs d’un rose un peu ocre… Martine insista en souriant : « Alors est-ce que je te plais ?

Pour une première fois ça te conviendrait ?

-Oh oui !

Oui, bien sûr !

Vous êtes très belle.

» Je ne sais pas comment je suis parvenu à articuler ces mots, tant j’étais hypnotisé par son sexe.

J’ai de ce qui a suivi un souvenir à la fois très net et pourtant confus.

Il y a d’abord Martine s’approchant de moi assis sur le canapé, Martine qui me chevauche, les genoux posés de part et d’autre de mes jambes, et qui m’embrasse.

Martine qui m’offre ses seins que je caresse, que j’embrasse, dont je tète un téton que je mordille et qui durcit.

Martine qui prend ma main, la guide jusqu’entre ses cuisses, la pose sur sa chatte ; sa chatte chaude et humide que je caresse, dans laquelle j’introduis un doigt hésitant.

Martine qui se trémousse, se serre contre moi en gémissant quand je découvre le pouvoir de mes attouchements sur son clitoris.

Et puis je me retrouve je ne sais comment allongé sous elle, mon sexe écrasé par son ventre, ses seins s’écrasant sur ma poitrine et nos langues mêlées dans un long baiser.

Et puis elle soulève légèrement le bassin et ma queue trouve tout naturellement sa vulve, s’y introduit en douceur et je réalise que je suis en elle, dans son vagin doux et tiède dont les contractions régulières pressent mon membre en érection et que ça y est : je fais l’amour !

Et puis, je ne sais comment, c’est moi qui suis sur elle, et elle m’encourage, fébrile : « Oui… oui…c’est ça oui…continue…oui…oh oui… » Et puis je ne peux plus me retenir, je jouis, j’éjacule.

Nous sommes tous deux assis, nus, et je vois Marcel s’essuyer le sexe avec un grand mouchoir à carreaux.

Je réalise avec étonnement que durant nos ébats j’avais complètement oublié sa présence.

Brusquement gêné de ma nudité je m’empresse de me rhabiller.

Toujours nue, Martine s’approche de son mari et l’embrasse : « Tu es content, mon chéri ?

Tu veux que je te suce ?

-Ce n’est pas la peine, mon bébé, j’ai terminé.

» Elle revient vers moi : « Et toi, j’espère que tu es content aussi.

Une première fois c’est important.

Et tu m’as donné du plaisir, tu sais, je te remercie.

-Oh oui, c’était… Merci… je suis… Mais je crois que je vais vous laisser.

-On ne te chasse pas, tu sais.

Tu ne veux pas boire quelque chose ?

-Non… non merci, je vais m’en aller.

Merci beaucoup.

» La rue, le métro, je ne me souviens pas du trajet de retour.

Chez moi je n’en finissais pas de repasser tout ce qui m’était arrivé cet après-midi et de me répéter un peu stupidement qu’à présent j’étais devenu un homme.

Mais le fait est qu’on n’oublie jamais sa première fois.