Selon Claudie (2)

Chapitre 2 : À découvert

Samedi matin.

Yannick ralentit devant l’entrée de la propriété et vérifie une nouvelle fois l’adresse sur son téléphone.

Le portail n’a rien de remarquable, deux piliers de pierre encadrant une grille sombre derrière laquelle une allée disparaît entre les arbres.

Il s’arrête le temps d’envoyer un message à Claudie.

Je suis devant.

Quelques secondes plus tard, le portail commence à s’ouvrir.

Il engage sa voiture sur le chemin.

La maison apparaît après un virage, plus grande qu’il ne l’avait imaginée : une vieille maison de famille aux volets clairs, entourée d’un jardin un peu trop vaste pour être entretenu parfaitement.

Une table est restée dehors sous un arbre et deux vélos sont appuyés contre un mur.

Claudie lui a seulement demandé d’arriver vers dix heures et de prévoir des affaires pour une nuit.

Il ignore toujours ce qu’elle a préparé.

La possibilité de repartir lui traverse brièvement l’esprit.

Il coupe le moteur et prend son sac.

La porte s’ouvre avant qu’il atteigne les marches.

Claudie vient vers lui en jean et chemise claire, les cheveux attachés à la va-vite.

Il s’attendait à quelque chose de moins ordinaire.

— Tu es venu.

Yannick sourit.

— Je te l’avais dit.
— Tu aurais pu changer d’avis.
— Je sais.

Il monte les dernières marches et ils se font la bise comme d’habitude.

À l’intérieur, Claudie lui prend son sac quand il manque de heurter un meuble en tournant dans l’entrée, puis lui montre rapidement le rez-de-chaussée et l’escalier.

Elle connaît la maison par cœur.

Certaines portes restent ouvertes, d’autres coincent un peu.

Elle lui indique la salle de bains et la chambre où il dormira à l’étage.

— Pose tes affaires.

Je suis en bas.

Il reste seul quelques minutes.

La pièce pourrait appartenir à n’importe quelle maison où une famille vient passer ses vacances : un lit, une armoire, deux photographies anciennes sur une étagère, des livres abandonnés depuis des années.

Rien n’a été préparé spécialement pour lui.

Il range seulement son chargeur, passe aux toilettes et se lave les mains.

Lorsqu’il revient dans la chambre, il reste un instant devant la fenêtre avant de redescendre.
Claudie est dans la cuisine et verse du café dans deux tasses.

Yannick s’arrête un peu trop longtemps dans l’encadrement de la porte.

— Quoi ?
— Rien.

Tu es très belle.
— Merci.

Elle lui tend sa tasse comme si cette remarque n’avait rien changé.

Ils boivent leur café debout puis vont s’installer dans le séjour.

Yannick s’intéresse à la maison et lui pose quelques questions.

Claudie lui raconte qu’elle y venait enfant, qu’un de ses cousins s’est cassé le poignet en tombant d’un arbre au fond du terrain et que la chaudière cesse régulièrement de fonctionner au pire moment possible.

Pendant un moment, ce pourrait presque être une visite ordinaire.

Puis la conversation ralentit.

Yannick garde sa tasse entre les mains alors qu’elle est vide depuis un moment.

Claudie est installée à l’autre bout du canapé.

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Qu’est-ce qu’on fait ?

Claudie sourit et se lève.

— Viens.

Elle le conduit jusqu’à une petite pièce au bout du couloir.

Rien ne la distingue vraiment du reste de la maison : quelques livres, un fauteuil, une table basse et deux chaises qui semblent avoir été déplacées là faute de mieux.

Claudie reste debout face à lui.

Elle avait imaginé ce moment de nombreuses fois, mais le vivre réellement avec Yannick est différent.

— Maintenant qu’on est tous les deux ici, tu es mal à l’aise ?
— Un peu.
— Tu veux quand même essayer ?
— Oui.

J’ai envie de voir ce que tu veux faire.
— Tu me fais confiance ?
— Assez pour être venu.

Il ajoute, après une hésitation :

— Et parce que j’ai l’impression que tu as déjà pas mal réfléchi à tout ça.

Claudie n’en est pas si sûre.

— Tu avais imaginé quelque chose pour ce week-end ?
— Oui.
— Quoi ?

Yannick hésite.

— Coucher avec toi, déjà.
— J’avais compris.
— Ça me paraissait un bon début.

Pour le reste, je comptais surtout sur toi.
— Mauvaise idée.
— Un peu tard pour me prévenir.

Claudie sourit.

— J’ai envie de quelque chose d’un peu différent.
— Je m’en doutais.

Claudie s’assoit dans le fauteuil.

— Pas complètement.

Enlève ton tee-shirt.

Yannick le retire et le pose près de lui.

— Continue.
— Tout ?
— Oui.

Yannick défait son pantalon et le retire, puis reste en sous-vêtements devant elle.

Claudie ne dit rien.

Après une courte hésitation, il enlève son dernier vêtement et le pose avec les autres.

Il est nu.

Ses mains descendent presque aussitôt devant son sexe.

— Laisse-les le long du corps.

Yannick obéit et Claudie prend le temps de l’observer.

Ses yeux descendent sur son torse, son ventre, puis plus bas, sans qu’elle cherche à dissimuler son intérêt.

— Tourne-toi.

Il pivote.

Claudie laisse ses yeux descendre le long de son dos.

— Tu as de très belles fesses.

Yannick tourne la tête vers elle.

— Merci, je suppose.
— Termine ton tour.

Il continue jusqu’à lui faire face de nouveau.

Claudie lui désigne une des chaises.

— Assieds-toi là.
— Tu as vraiment tout prévu.
— Pas tout.

Yannick s’assoit.

Claudie lui dit de rester là un moment pendant qu’elle finit de préparer le déjeuner.

— Et si j’ai envie de me rhabiller ?
— Tu peux.
— Vraiment ?
— Oui.

Quand je reviendrai, je verrai ce que tu as choisi.

Lorsqu’elle revient quelques minutes plus tard, Yannick est exactement là où elle l’a laissé.

Nu, assis sur la chaise.

Ses vêtements n’ont pas bougé.

— Viens.

Yannick se lève.

— Où on va ?
— Manger.

Il baisse les yeux sur son corps.

— Je reste nu ?
— Oui.

Il la suit dans le couloir.

Yannick regarde instinctivement vers l’entrée lorsqu’ils la dépassent, puis vers les fenêtres donnant sur le jardin.

La cuisine donne sur une salle à manger où elle a déjà posé deux assiettes.

Le repas est simple, préparé en grande partie avant son arrivée.

Yannick prend place, Claudie s’assoit de l’autre côté de la table et commence à manger.

Il reste un peu raide et change plusieurs fois la position de ses jambes sous la table.

Claudie, elle, lui parle de la maison, du jardin et d’un restaurant du village qui a changé de propriétaire trois fois en quelques années.

Yannick pose sa fourchette.

— Tu fais comme si tout était normal.
— Nous sommes en train de déjeuner.
— Je suis nu.
— Oui.

Il sourit malgré lui et reprend sa fourchette.

Il raconte avoir failli manquer le chemin en arrivant parce que son téléphone voulait lui faire emprunter une petite route manifestement réservée aux tracteurs.

Claudie connaît le chemin en question et se moque de lui juste assez pour qu’il proteste.

Au bout d’un moment, elle remarque qu’il remue encore sur sa chaise.

— Tu préférerais te rhabiller ?
— Un peu, oui.
— On finit de manger, après tu pourras.

Il recommence à parler normalement.

À un moment, Claudie raconte une histoire concernant son cousin et le vieux cerisier du jardin.

Yannick lui demande si c’est le même qui s’était cassé le poignet.

— Tu écoutes, finalement.
— Je fais des efforts considérables.
— Je vois ça.

Il tend la main vers le pain.