Chapitre 4 : Recevoir
Dimanche matin, Yannick se réveille avant d’entendre le moindre bruit dans la maison.
Pendant quelques secondes, il regarde le plafond sans reconnaître la chambre.
Puis la veille lui revient par morceaux, sans ordre précis.
Il reste encore quelques minutes au lit, puis se lève et prend une douche.
Quand il descend, Claudie prépare du café.
Elle porte un pantalon souple et un pull léger, les cheveux défaits.
Elle lève les yeux lorsqu’il entre dans la cuisine.
— Bien dormi ?
— Mieux que prévu.
— Ça veut dire quoi ?
— Que j’étais persuadé de passer la moitié de la nuit à me demander ce que tu allais inventer aujourd’hui.
Claudie pose une tasse devant lui.
— Et tu ne l’as pas fait ?
— Seulement un quart de la nuit.
Il plaisante, mais la curiosité prend maintenant un peu plus de place que l’inquiétude.
Elle sourit et retourne vers le grille-pain.
Le petit-déjeuner se déroule sans urgence.
Yannick mange beaucoup plus qu’elle et finit une tranche de pain qu’elle avait manifestement gardée pour elle.
Claudie proteste, il lui répond qu’elle aurait dû mieux défendre son territoire.
Ils finissent par parler du retour et de la circulation sur la route.
Yannick consulte son téléphone pendant que Claudie débarrasse, puis le lui montre.
« Chloé : alors ?
»
Le message date de la veille au soir.
Claudie rit.
— Elle est patiente.
— Tu veux que je lui réponde ?
— Certainement pas.
— Je peux lui dire que je suis vivant.
— Elle s’en doute.
Ils restent un peu dans la cuisine, puis Claudie monte à l’étage.
— Viens.
Yannick la suit jusqu’à la chambre où il a dormi.
Elle prend une boîte et la pose sur le lit.
— Je suppose que ce n’est pas un jeu de cartes.
— Non.
Elle soulève le couvercle.
Un petit objet sombre repose à l’intérieur, court et lisse, avec une extrémité fine et une base élargie.
Yannick relève les yeux vers elle.
— Tu veux utiliser ça sur moi ?
— Oui.
Tu as déjà reçu quelque chose comme ça ?
— Non.
Elle s’assoit au bord du lit sans toucher l’objet.
— Hier, tu m’as donné quelque chose que je voulais.
Aujourd’hui, j’ai envie de te faire essayer l’autre côté, de recevoir.
— Ce n’est pas vraiment la même chose.
— Non.
— Est-ce que ça fait mal ?
— Ça peut être inconfortable.
Si ça devient douloureux, tu me le dis et j’arrête.
— Et ensuite ?
— Tu le garderas un moment.
— Combien de temps ?
— Je déciderai.
Yannick expire lentement par le nez.
— C’est rassurant.
Claudie sourit.
— Déshabille-toi.
Yannick retire son tee-shirt.
— Tout ?
— Oui.
Il se déshabille et reste nu devant elle sans chercher à se couvrir.
Claudie lui indique le lit.
— Allonge-toi sur le côté et relève une jambe.
Yannick s’installe pendant que Claudie prend le lubrifiant.
Elle en verse sur ses doigts, puis porte la main au creux des fesses de Yannick.
Au premier contact, il se raidit.
— Respire.
Lorsqu’elle le sent moins tendu, elle reprend lentement, en insistant autour de l’ouverture avant d’exercer une légère pression.
Il agrippe un peu le drap.
La sensation n’a rien d’agréable.
Claudie pose une main sur la hanche de Yannick tandis qu’elle commence à le pénétrer du bout du doigt.
Elle avance à peine, reste ainsi quelques instants avant de se retirer.
— Je vais mettre le plug.
La pointe froide et lubrifiée se pose contre lui.
La pression est différente de celle des doigts de Claudie, plus nette.
— Doucement.
— Oui.
Claudie avance sans précipitation.
L’extrémité entre facilement, puis la pression augmente à mesure que la partie plus large approche.
Les doigts de Yannick se referment davantage sur le drap.
Claudie s’arrête.
Il respire, essaie de détendre ce qu’il contracte malgré lui.
Après quelques secondes, elle reprend.
La partie la plus large franchit enfin le passage.
Yannick laisse échapper un souffle brusque.
Une fois le plug en place, la pression aiguë disparaît, remplacée par quelque chose de plus profond et continu, une sensation encore difficile à identifier.
Claudie garde un moment la main en place.
— Douleur ?
— Non.
Il bouge puis grimace.
— Mais je le sens.
— J’imagine.
— Beaucoup.
Claudie attend avant de l’aider à se relever.
Debout, la sensation change : le plug se fait encore plus présent.
Yannick reste immobile une seconde, puis tente un premier pas.
— Marche normalement.
— Facile à dire.
Au deuxième pas, puis au troisième, il trouve une manière plus naturelle de se déplacer.
Il traverse la chambre, revient vers elle et secoue la tête.
— Tu savais que ce serait comme ça ?
— Oui.
— Et ça t’amuse.
Claudie sourit franchement.
— Un peu.
— Je me rhabille ?
— Non.
Ils redescendent et Yannick reste un moment dans la cuisine avec elle.
Il fait encore attention à ses mouvements, puis de moins en moins.
Pendant que Claudie commence à préparer le déjeuner, Chloé revient dans la conversation.
Elle n’a pratiquement pas arrêté d’écrire depuis le matin.
Yannick finit par demander jusqu’où va exactement leur habitude de tout se raconter.
— Presque tout, répond Claudie.
Un peu plus tard, Yannick aide Claudie à mettre la table.
Dans la salle à manger, il tire sa chaise et s’assoit avec précaution.
Le contact avec l’assise rend aussitôt le plug beaucoup plus gênant et il se redresse.
— Ça va ?
— Oui.
C’est seulement inconfortable.
Elle commence à servir.
Yannick revient sur le jardin et ne comprend pas pourquoi personne ne finit simplement par engager quelqu’un pour l’entretenir.
Claudie tente alors de lui résumer trois désaccords familiaux et le cas d’une tante qui refuse qu’on touche à un massif de rosiers planté par son grand-père.
À la fin du repas, il se lève pour apporter les assiettes dans la cuisine.
Cette fois, son premier pas n’est presque pas différent du suivant.
Claudie ouvre un placard du salon et en sort un jeu de cartes.
— Tu joues ?
Yannick la regarde.
— Aux cartes ?
— C’est généralement à ça que ça sert.
— Avec toi, maintenant, je préfère vérifier.
Ils s’installent face à face autour de la table basse.
Claudie distribue.
Les deux premières parties sont relativement normales.
Yannick gagne la première, perd la deuxième, puis commence à soupçonner quelque chose pendant la troisième.
— Tu viens de prendre deux cartes.
— Une seule.
— J’étais en train de te regarder.
— Alors tu regardais mal.
Yannick fixe le paquet, puis Claudie.
Elle pose sa carte avec un calme parfait.
— Tu es insupportable.
— J’ai gagné, surtout.
— En trichant.
— Prouve-le.
Il éclate de rire.
— Tu es sérieuse ?
— Complètement.
Il ramasse les cartes et les mélange lui-même.
— Cette fois, je distribue.
— Tu manques de confiance.
— Curieusement.
Ils recommencent.
Claudie triche encore au moins une fois, mais Yannick ne parvient pas à la prendre sur le fait.
Il devient beaucoup trop concentré sur les mains de Claudie, ce qui lui fait perdre deux tours et lui vaut quelques moqueries supplémentaires.
Yannick se déplace pour récupérer une carte tombée derrière sa chaise et commence à s’accroupir avant que le mouvement lui rappelle brutalement le plug.
Il s’immobilise à mi-mouvement et Claudie relève les yeux.
— Tu l’avais oublié ?
— Oui.
Elle rassemble tranquillement les cartes dans sa main.
— À toi.
Yannick récupère la carte, puis va chercher deux verres d’eau avant de revenir s’asseoir devant Claudie.
Plus tard dans l’après-midi, Claudie regarde par la fenêtre puis rassemble le jeu.
— On va se promener.
— Je vais me rhabiller.
— Non, reste comme ça.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Personne ne te verra.
Ils sortent et marchent côte à côte.
Le jardin est assez isolé pour qu’aucune maison voisine ne soit visible.
Le chemin longe le verger avant de s’enfoncer sous les feuillages.
Sous leurs pieds, le sol alterne entre terre souple, herbe et petits cailloux.
Dès les premiers mètres, Yannick sent davantage le plug.
Les irrégularités du terrain déplacent parfois la pression, mais il ne ralentit pas.
Un peu plus loin, un banc de pierre se trouve en retrait du chemin.
Yannick s’y assoit et le froid de la pierre contre sa peau lui arrache un mouvement.
— Mauvaise idée, marmonne-t-il.
Claudie rit et reste debout devant lui.
— Tu passes un bon week-end ?
— Oui.
Il y a des moments où je me demande encore ce que je fais, mais je ne regrette pas d’être venu.
— Même pas un peu ?
— Non.
Je suis bien avec toi.
— Avec tout ce que je te fais subir ?
— Ça va, je survis.
Ils reprennent leur marche.
Le chemin fait le tour de la propriété avant de revenir progressivement vers la maison.
La conversation dérive vers des sujets sans importance, un voisin que Claudie n’a pas revu depuis des années, puis un souvenir de vacances que Yannick raconte mal et qu’elle l’oblige à reprendre depuis le début.
Le plug se rappelle encore à lui dans une pente ou lorsque le sol devient plus irrégulier, mais il n’y prête bientôt plus qu’une attention intermittente.
Ils rentrent un peu plus tard.